Aménagement ou déménagement duterritoire

Aménagement ou déménagement du territoire

 

Université Paul Valéry à Béziers

 

 

Dans un précédent article nous évoquions "les ressources de l'intelligence", un sujet d'une actualité, telle que nous avons souhaité recueillir le point de vue de Michel Gelly, qui fut délégué à l'enseignement supérieur sous l'ancienne municipalité.

 

Nous vous proposons ici le texte qu'il nous autorise à reproduire à l'intention des "visiteurs" de  notre site.

 

Les PESP,( pôles d'enseignement supérieur de proximité), ont-ils encore un avenir alors que les métropoles incitent petites et moyennes universités à rejoindre les larges regroupements universitaires ?

Peut-on se contenter du statu quo pour les sites et antennes existants, ou doit-on se résoudre en raison des complications financières des collectivités territoriales à abandonner l'Enseignement Supérieur et la Recherche, aux seules capitales de région ?

Ce serait oublier trop vite la plus-value de l'ESR en ville moyenne, plus-value en terme d'attractivité économique, d'innovation, de dynamisme et d'équilibre démographique des territoires.

Les villes moyennes et agglomérations qui ont su saisir à temps l'opportunité d'installer des établissements d'enseignement supérieur et qui ont consenti les inévitables efforts financiers nécessaires à leur présence réelle et durable ont le devoir de soutenir, de stimuler le développement des formations existantes et de susciter la création de formation nouvelles.

L'AVUF (Association des Villes Universitaires de France) a organisé les 14 et 15 septembre 2017 à Saint-Brieux un colloque intitulé : "La proximité facteur d'excellence de l'Enseignement Supérieur et de la recherche". L'agglomération de Béziers Méditerranée est toujours membre de l'AVUF dont R. Couderc était trésorier et m'avait délégué cette fonction. Ces colloques de villes universitaires offrent l'occasion aux collectivités qui y participent de bénéficier de réseaux de réflexion en commun et de soutiens divers. Les bonnes pratiques s'y échangent et le lien établi avec les autres territoires similaires ou différents génère des opportunités de développements et de créations initiales ou appliquées.

 

Le coût prohibitif du logement étudiant dans les grandes métropoles françaises, le développement des communications internes des universités, les temps de déplacement des étudiants, les échanges universitaires nationaux ou internationaux, les formations en alternance sont autant de paramètres qui entraîneront inévitablement une évolution de la répartition des étudiants et apprenant sur le territoire national.

Les métropoles françaises concentrent en leur sein toute l'activité économique et de formation. Elles se vident en fin de journée dans des banlieues concentriques ; les trajets quotidiens plombent les budgets des familles et épuisent les organismes des étudiants et des actifs.

Peut-être serait-il bon d'observer le développement de Berlin qui a su inverser ce mouvement : Berlin vit le soir, la ville se remplit à partir de 17 h, les activités professionnelles ou de formation sont largement externalisées. Les bureaux ont cédé la place à des appartements et à des lieux de vie : la métropolisation excessive ne peut être la panacée, il convient de trouver au plus tôt des solutions alternatives.

Le gouvernement vient de lancer un avertissement dont il faut tenir compte : les APL ne doivent plus être une incitation pour les propriétaires à augmenter frénètiquement les loyers dans nos métropoles. Le territoire national regorge dans ses coeurs de ville en Province, de locaux disponibles et abordables. Il appartient aux décideurs des collectivités territoriales hors métropoles de se concerter, de s'unir, de peser et enfin d'agir pour un nouvel équilibre économique territorial.

Cela passe évidemment par un équipement en transports interurbains, une action plus juste des régions et en particulier des CROUS pour étaler l'offre de formation.

De la capacité des décideurs de nos territoires à s'impliquer, à innover, à proposer, à réunir des acteurs économiques et des professionnels de la formation dépend l'essor ou le déclin de l'université en villes moyennes.

Fédérer entrepreneurs, associations professionnelles, partenaires ou mécènes, universitaires et formateurs justifie l'emploi à plein temps d'une personne ayant une bonne connaissance du territoire économique et de l'offre de formation, capable de créer le lien, la dynamique et l'attractivité indispensables à l'adéquation de l'offre et de la demande de formation la mieux adaptée. Il serait souhaitable que cette personne représente l'agglomération dans les divers conseils d'administration des établissements ESR et qu'elle soit rattachée à un secrétariat en lien avec les services économiques.

Cela correspond à un réel budget avec des déplacements nécessaires, des visites, des rencontres : c'est le prix à payer pour favoriser le développement économique et celui de l'enseignement supérieur et de la recherche de proximité ; ce n'est pas seulement une dépense, c'est un investissement judicieux très prometteur.

 

Michel Gelly

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